Mercredi 4 Mars – Ah la Finlande…

La Finlande… Ah ce pays compliqué à la langue impossible à apprendre (24 déclinaisons, des doubles voyelles partout. Si vous ne savez pas quoi faire allez y vous allez bien vous amuser) et au climat intenable. À moins d’aimer être insomniaque en été et déprimé en hiver ou aimer profondément le froid et le noir je ne vois pas. Mais la Finlande c’est avant tout le berceau de mon bébé : Le kantélé. Mon instrument magique. Mon amour.

Mon amour

Mon amour

Cette rencontre auditive en 2007 sur un cd de chant de la baltique. Un titre perdu au milieu de l’album. Dès que j’ai entendu le son de l’instrument booom coup de foudre j’ai su que je vieillirai avec cet instrument. J’ai toujours eu le goût des sons aux longs sustains, évoquant l’atemporalité même de la musique. Le kantélé a une puissance sonore et spirituelle qui « fixe » les choses, les gens, les instants. C’est un instrument émouvant qui a l’intérieur même de son son contient à la fois l’histoire difficile et sanglante du pays, la douceur des contours des femmes, la puissance physique et l’endurance requise pour vivre ici. J’ai eu de la chance (opportunité multiplié par préparation) de trouver un endroit où apprendre les bases. Et à l’époque Google translate n’offrait pas de traductions des sites en finnois. Et ce miracle que de me voir sponsorisé par Koistinen Kantele et rencontrer ma prof Kirsi… Bref ça c’était une évidence. Cela m’a été offert. Je n’ai pas eu besoin de questionner la chose ni de me torturer l’esprit comme c’est le cas dans d’autres domaines. Aujourd’hui j’aime à penser que peut être veut dire non. Quelque chose qui est bon pour soi, un oui, cela ne se questionne pas. On fait. C’est tout. Quand le peut être commence à rentrer dans l’équation généralement cela veut dire que quelque chose cloche et il s’agit alors d’avoir assez d’amour et de jugeote pour s’écouter. Bref. Revenons au kantélé.

Dieu (et je ne suis pas religieux) qu’il a dû en baver que d’être né dans ce pays à la rudesse impossible à reporter et retransmettre correctement. Il y a un moment en finnois « sisu » qui correspond à la persévérance. L’endurance. La capacité à résister au froid, à l’obscurité, à des conditions extrêmes. Ici on parle de la vie de tous les jours comme conditions extrêmes. Du moins, c’est ce que j’en perçois moi, petit parisien toujours prêt à s’arrêter pour un croissant et un café. Je suis venu des dizaines de fois en Finlande et à chaque fois je me pose pourtant la même question : Pourquoi m’infliger ça ? Pour la beauté sublime des femmes ? Pour les bienfaits et les plaisirs du sauna ?

Sauna Public pas loin de Kallio

Sauna Public pas loin de Kallio

Pour le kantélé et prendre des cours ? Pour mieux comprendre la culture qui va avec l’instrument ? Mais pourquoi !? Aujourd’hui sans honte je peux répondre que je ne sais toujours pas vraiment. Quelque chose d’indicible objectivement me connecte avec ce pays. La plupart du temps les gens associe à tort la Finlande au trio Danemark / Suède / Norvège mais la Finlande cela n’a rien à voir. C’est beaucoup plus proche de la Russie tant en terme d’architecture (même si le design finlandais a bien évidemment évolué)

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Sacré Orgue

que de culture (même si je pense que je pourrais me faire égorger pour ce que je viens d’écrire) et comment dire… La Russie n’est pas exactement un pays qui m’évoque chaleur humaine, bien être et…fun. En tout cas c’est sûr la Finlande n’est pas un pays dont on parle beaucoup pour passer des vacances. C’est assez austère surtout en hiver. En été c’est vrai qu’il y fait bon, que les gens se transforment (assez littéralement) mais c’est quelque chose de dur que d’être ici. Surtout après avoir eu froid 1 mois au Japon. Hier il neigeait, il faisait gris et je me sentais très…finlandais. Un peu déprime.

Dur dur l'hiver

Dur dur l’hiver

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Salut ! Il fait froid hein ?

Lui aussi dur dur l'hiver

Lui aussi dur dur l’hiver

Pourtant ce n’est pas faute que d’avoir pris soin de moi et que d’aller faire un bon jogging sous la pluie avec deux amis, que d’aller boire un café avec une prof de yoga et me connecter à la « scène » yoga ici, que de me reposer un tant soi peu après les 2 jours d’avions avec tous mes bagages et d’apporter mon kantélé en maintenance chez Koistinen Kantélé. Enfin chez Hannu Koistinen, un homme intense et qui dévoue toute sa vie à l’instrument et à son développement. En tant qu’artiste associé, j’ai eu la primeur que de tester les tous derniers modèles. Mon Dieu… La perfection. Cela sonne 10 fois mieux que mon kantélé que j’aime d’amour. Le son est compact, plus aérien, les aigus s’intègrent mieux à l’ensemble. Le design a été revu et modernisé. L’instrument est un peu plus léger et le prix a aussi baissé (je n’ai pas payé l’instrument dont je dispose sinon je serai dans la rue) 3 modèles avec des types de cordes différents pour un son vraiment différent. Je suis très admiratif d’Hannu car il a un propos. Et il s’y tient. En un mot comme en cent, peut être ce qui me manque. (je vous ai menti ça fait pas un mot) un propos, un combat, une mission.

Belle eglise

Belle eglise

Je cherche  »my calling ». J’aime la musique. J’aime le yoga. C’est un fait et je ne me pose pas la question. Mais ma « mission » je ne l’ai pas vraiment encore trouvé ou entendu. Cela pourrait être travailler comme un malade et développer le kantélé, le promouvoir encore plus que ce que je fais, cela pourrait être diffuser le yin yoga à fond, ce que je commence à faire. Mais c’est comme si ce n’était pas assez ou que j’y allais avec une béquille. J’ai une profonde admiration et envie de ces médecins qui partent guérir des gens au bout du monde ou ces ingénieurs qui se consacrent corps et âmes à un projet. Dedication. Pas que je ne m’investisse pas dans ce que je fais mais j’ai l’impression d’être l’incarnation humaine d’un patchwork retrouvé dans une boutique vintage seconde hand. Tout est dessus et ça tient comme par miracle mais je n’ai pas de direction, pas de destination. Et ça commence à me courir. Je pourrai me dire : Mon but est de participer à tel festival d’ici un an. Ou que sais je encore. Mais les journées font 24h et tout ce jeu recommence toutes les 24h et moi en 24h je suis une girouette, cela change beaucoup et j’essaie d’intégrer le changement. Trop de liberté tue la liberté. J’en viens naturellement à réaliser qu’il me faut des contraintes. Mais lesquelles ? Par où commencer ? Par accepter que je suis perdu.DSC_0948


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