Samedi 28 Février – Encore un départ

Les départs c’est toujours étrange. Je suis toujours marqué par les premières impressions que l’on a d’un lieu à l’arrivée et les impressions à la fin quand on le quitte, comment on l’a apprivoisé, comment on s’est fondu dans le décor, ce qui nous était totalement étranger et nous interloquait est devenu familier, intégré, comment on s’est approprié, peu importe les circonstances et le contexte, ce lieu, comment notre vue s’adapte et recrée des repères.

La vue que je ne...verrai plus

La vue que je ne…verrai plus

Je quitte Itoshima avec le regret de n’avoir découvert qu’à la toute fin que 10km derrières les montages c’est littéralement Hawaï et le paradis des surfeurs mais on est au mois de février donc de toute façon c’est raté. Me voilà lancé dans l’interminable succession de files d’attentes, de passages de douanes, de contrôles de sécurité, chargé de 55kg de bagages. La panacée. Me centrer. Sentir ma colonne vertébrale. Imaginer que le centre de mon corps est comme la petite boule bleue dans google maps. Ne pas s’énerver. Ne pas se focaliser sur les douleurs dans les épaules par le poids des sacs successifs. Laisser filer. Plus je voyage plus je trouve cela physiquement difficile à endurer. L’air vicié, la climatisation qui déshydrate et rend malade. Cette atmosphère de parcage de cochon qui part à l’abattoir, la malbouffe à laquelle on a arrive pas à dire non tellement cette obligation à rester immobile, statique, contenu dans l’avion est difficle. Je ne peux m’empêcher de penser à cette célèbre vidéo que je vous invite à regarder.

Être coincé dans un avion. Regarder un documentaire sur des chatons et pleurer. Puis regarder des dessins animés en chinois pour passer le temps. Je réécris dans un document des citations qui ont marqué mon chemin de croix depuis septembre 2013 et mon retour d’Australie pour un futur usage bientôt. Les chinois parlent fort. Cela m’agace mais j’essaie de ne pas en tenir rigueur et essayer de rester sur cette phrase d’Eckhart Tolle « This too shall pass ». Tout finit par passer. Plus ou moins bien. Dans les airs, on ne peut pas être plus anonyme. Et en même temps ce feeling que tout coexiste en permanence. On fait bien parti d’un tout mais où sont passés les fils qui nous lient et nous relient. Nous sommes comme un très beau livre qu’il faut prendre le temps de relier. Le contact physique, manuel, éphémère des choses. Parfois toute cette quantité de technologie et tellement peu de communication.

DSC_0848Et en même temps parfois ça sert. Pour preuve, je me retrouve à profiter de ma longue escale à Copenhague en ville avec une prof de Yin Yoga qui m’a récemment contactée. Il se trouve qu’elle vit à Copenhague. Une après midi à marcher sous le soleil par un vent frais dans différents lieux de la ville toujours à proximité de l’eau à échanger sur nos expériences en tant que professeur de Yin Yoga mais aussi en tant qu’élèves de cette merveilleuse pratique dont je ne saurais clamer assez fort la puissance et les bénéfices.

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Un des cafés qui promeut le produit phare…

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L’ancier quartier des bouchers

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Statue


Je suis assez fier aujourd’hui de me présenter comme professeur de Yin Yoga. Cela a un sens, un impact. Il s’agit presque d’une cause. Moi l’hyperactif qui arrive à être immobile et pouvoir vivre cette immobilité avec bonheur et sagesse. Intégrer par la même occasion une belle et grande famille que celle du yoga. Loin des clichés new age ou des magazines. En Yin Yoga on ne ressemble pas nécessairement aux modèles des magazines. Le Yin Yoga c’est l’éloge de la sensation, de la quête intérieure, du sang, de la lymphe, des fluides qui circulent, débloquent le corps, enfoncent des portes, détruit des barrages et refait tout circuler. Flexions avant qui calment et donnent un cadre, une connexion à ce qu’il y a de meilleur et de plus noble chez nous. Un silence noble et riche de sens. Une pratique qui permet de revenir chez soi, de se créer une maison même quand comme moi on a du mal à en avoir, à se poser, à déclarer je vis ici je vis là. Je fais ça de ma vie je fais ci. Tout cela n’a pas beaucoup d’importance.

À la fin...

À la fin…

À la fin on meurt tous égaux. Ou presque. Copenhague laisse une impression de grande décontraction. Pas que la ville présente un intérêt particulier mais on est loin du rythme et de la tension londonienne ou parisienne. Il y a sans doute moins d’obsession to achieve something. Je lis, relis, intègre, marche. Un pied devant l’autre. C’est déjà si beau. Trouvez l’équilibre. Que j’aimerais, aurais voulu être un artiste de cirque, un danseur, quelqu’un qui maîtrise son corps et en fait usage de manière aussi précieuse qu’une œuvre d’art. Il n’est jamais trop tard et il n’est surtout jamais trop tôt. Je m’en vais reprendre un énième avion. Le quatrième de la journée. Je ne sais plus quand la journée à commencer avec les décalages horaires. C’est fou quand on y pense de ne pas vivre dans la même zone. Dans l’avion je me posais la question si quelqu’un commet un délit ou un meurtre dans les airs. De quelle législation dépend-il ? Si mon cœur s’arrêtait de battre. Où est ce que je serai déclaré mort ? Longtemps petit, à 5 ans, j’ai essayé de jouer à la mort. Jouer à la mort consistait à interrompre ma pensée mais je me rendais bien compte que de déjà formuler que je devais interrompre ma pensée me rendait tellement vivant. Je crois en l’innée, en l’ineffable, en le non-dit. Je suis assez frustré par un certain nombre de mes amis qui vivent dans le monde selon Newtown qui consiste à dire que l’univers est une machine, une mécanique que l’on peut observer et démantibuler. Tout ce que l’on ne voit pas, tout ce que l’on n’entend pas n’existe pas. J’ai beaucoup parlé durant des soirées ces derniers mois de certains sujets qui me touchent ou m’interrogent dont je fais l’expérience concrète, tangible et pour autant difficile à retransmettre sous forme de preuve scientifique. Comment expliquer toutes ces épiphanies, décisions survenues à chaque séance en body talk system. Comment retranscrire la synchronicité, la foi, ce bonheur ressenti tôt un matin alors que j’observais un certain nombre d’enseignement appris en Inde. Comment communiquer, transmettre, donner et faire en sorte que cela soit entendu, transmis, reçu. On n’est pas à la poste avec les sentiments et les émotions. Fidèle au poste je suis et je serai. Je l’ai dit, je l’ai écrit plusieurs fois. Ma vie sera un poème ou ne sera pas. Je ne sais pas à qui est destiné le poème, s’il est même adressé à quelqu’un. Être vivant c’est un tel cadeau. Que de gâcher ce cadeau en des pensées négatives, superflues, de passer du temps avec des gens que l’on aime pas vraiment, que l’on arrive pas à aimer malgré soi, faire des choses parce qu’on pense qu’on doit les faire au lieu de les faire parce qu’on aime les faire. Un gâchis. Ce gâchis intérieur. Cramer ce qu’il y a dans les veines et l’oxygène. Respirer. Putain respire c’est pas compliqué. Et toutes ces sensations si fortes. Cette présence physique. Ce désir de connexion et d’intimité. Ne pas être un imposteur. Plaire. Déplaire. Faire. Défaire. Désapprendre tout ce qui a été imprimé jusqu’à 6 ans. N’en vouloir à personne mais vouloir la vie. Le vouloir tellement fort. Comme un désir incontrôlé. Une jouissance mesurée, contrôlée, subjuguer le présent. Le conjuguer à tous les temps. Prendre le temps de délier tous les mots, tous les sons, apprécier les formes et ce qui n’en a pas. Et les animaux putain les animaux. Ils nous en apprennent des bonnes. Comment a-t-on donc perdu la vue ? Pourquoi la perdre si souvent, si intensément sans se remettre en question ? Pourquoi est-ce que quand on apprend quelque chose on se rend compte qu’on a toujours su ce que l’on vient d’apprendre ? J’ai envie. Envie de retransmettre avec des mots compris par tous. Sans jugement. J’ai envie de parler de programmation et de conditionnement sociale sans être pris pour un con ou pour un hippie. La novlangue dit l’autre. Elle bousille, sépare, diverge, dissèque inconsciente des dommages et intérêts des uns et des autres. Toujours en séparation. To compete. Cela a été déformé. L’étymologie grecque voulait dire survivre ensemble. Compétition. La peur d’être inférieure (faux) le désir d’être supérieur (faux). Equation sans gagnant. On ne gagne pas seul. Légitimer. Légiférer. Retarder le jugement. Annuler le jugement. Remettre les pendules à l’heure. Enlever les batteries. Taper le plus fort possible sur les peaux. Faire résonner le monde à des kilomètres à la ronde. La ronde du temps. On est tous ensemble dedans. On a peut être plus les chaussons de gym blancs mais on est tous ensemble dans la ronde. Qu’on le veuille ou non. Personne n’est exclu. Jamais. Personne. Et on ne devrait jamais se laisser croire que l’on n’a pas le pouvoir de rassembler, se rassembler, sans raison apparente, sans intérêts, si ce n’est le plaisir d’être ensemble. Pas en compensant les défauts de chacun en accumulant les aspects positifs. Juste pour le plaisir d’être ensemble. Ensemble. Dansons. Ensemble. Sans niaiserie. Ensemble. Juste parce que cela fait sens. Donne un sens. Une direction. Pas de mouton. Juste une connexion. Une liaison. Intense. Banquette


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