Jeudi 26 Février – Un temps pour tout

Le temps m’échappe. C’est fou. C’est lent et pourtant ça m’échappe. Il me file entre les doigts, à coup de pédales que je donne entre la maison et l’office, entre la maison et la gare.

Cette route que j'a vu tous les matins va bientôt disparaître de mon champ de vision

Cette route que j’a vu tous les matins va bientôt disparaître de mon champ de vision

Des gestes communs, courants, sans importance, auxquels on attache plus d’importance. Et cela occupe le temps. Ça prend l’espace du vivant. Réapprendre à regarder les gens. Ces vieux qui cultivent leur jardin puis se mettent à chier en plein milieu de… leur jardin. Ces promenades sans but aucun. Noter des idées. Enregistrer des idées. Se rendre compte que je ne suis pas si improductif que ça. Cadence différente. C’est tout.

Eux n'attendent rien

Eux n’attendent rien

J’ai donné un cours de Yin Yoga à 3 femmes japonaises qui ne parlent pas anglais. Elles m’ont offert des origamis avant que l’on ne commence la session. Dans une petite maison japonaise avec des tatamis de partout. Trois corps dociles, asiatiques, différents. Différence. Se mouvoir différemment. La musique. Le silence. Les mantras. La faible lueur de la lumière à la fin. C’est impressionnant comment le yoga peut vous connecter à des gens de toutes sortes de tout horizon et sans nécessairement que le langage fasse interface. Du moins dans ce cas présent. C’est un moment simple. Moment de recentrage. Le compas à l’école. Qui s’en souvient parmi vous ? Cet exercice de pantomime, de la mine dans le papier, faire des ronds. Faire danser la pointe. Faire des cercles de plus en plus grand. La conscience qui s’élargit, se meut, dans l’espace. Passe. Le temps et les cercles. Les planètes.

Monde

Petit décorum à Yakiri Ebisu

Errer puis aller dans ce petit restaurant près du port où des hommes travaillent à la réfection des quais. Kafuri a cette allure désuète d’une ville portuaire qui marche au ralenti. Ces quelques machines à l’arrêt. Ces hommes qui bougent et pourtant qui semblent immobiles. Cette étrange sensation que rien ne bouge malgré le déplacement des hommes et l’immobilité insoutenable des machines.

Phare

Phare vers le port de Kafuri.

Ventilo 1

Sardines fraîchement pêchées et séchées au…ventilateur à défaut de soleil

 Je rentre dans le restaurant. L’endroit est assez incroyable. Il y a une atmosphère familiale très agréable et une tripotée d’objets insolites arrangés avec goût. En particulier un Dragon mecanique qui oscille avec grâce. La femme est dessinatrice. Ou quelque chose de ce goût là. L’excitation des gens quand je prononce la phrase magique « Paris kara kalimashita » (je suis de Paris) est devenue quasi prévisible. Paris jouit d’une telle aura. Une goutte d’or. Mais pas celle de Barbès Rochechouart.

Vue resto

Vue du fauteuil

Cheval bis

Petit cheval attend son heure

Chat special

Un chat parmi d’autres

C’était la propriétaire intriguée m’achète le dernier CD que j’ai sur moi de Feather Feather et le met pendant le repas. C’est toujours étrange et délicat de s’entendre. Il y a des morceaux assez magiques. Je regrette beaucoup ne pas avoir pu continuer à travailler avec Austin qui avait tellement de talent puis je ressens une vive émotion en écoutant la chanson où ma chère amie Charlotte chante. Cela me renvoie directement en mai 2012 et cet enregistrement fou de 11 titres en une journée plus des cordes pour Château Nowhere le matin.

La nourriture qui m’est servie (pas de menu ça m’arrange) est de toute évidence maison et authentique. Des sardines grillées fraîchement pêchées avec un mélange de légumes japonais dont je ne saurais traduire les noms. Ils rajoutent aisément des écailles de poissons séchés qui me rappellent l’arrière goût du thé Lapsang Souchong. C’est particulier mais c’est plaisant. L’atmosphère surtout. J’ai sans doute tenu ma plus longue conversation en japonais depuis le début de ce voyage qui ne semble ne pas en être un. Je suis catapulté tout le temps dans le temps dans des moments, des endroits impossibles où je fais mon possible pour être présent et saisir les opportunités, les choses, objets et gens qui s’offrent à moi à moins que cela soit moi qui m’offrent à eux, comme je peux, maladroit et adroit à la fois.

Autoportrait

In front of the temple 

Puis rentrer. Observer le travail de Claire, prendre en photo, en vidéo, en pensant à l’usage plus tard.

Work in Progress de Claire Pendrigh

Work in Progress de Claire Pendrigh

Ici, il y a ces routes en lacets que j’affectionne tant à vélo de nuit. Les courbes divergent, conversent, s’assemblent, semblent se séparer. Cela me rappelle des scènes de Mulholland Drive de David Lynch. À l’époque je n’avais rien compris de ce film. Comme Crash de David Cronenberg que j’avais vu à 14 ans. Je n’avais pas saisi. Ce n’était pas tangible. Rien ne l’était. Rien ne faisait sens. Quand une réalité ne vous atteint pas et puis du jour au lendemain cela vous foudroie d’un coup.

La saison des cerisiers en fleur sur le point de commencer

La saison des cerisiers en fleur sur le point de commencer

Dernière journée. Essayer de trouver des cadeaux pour quelques amis dans cet océan de kitscherie japoniaisante. J’y arrive moyennement mais découvre toutefois des lieux intéressants. Plus on se rapproche de l’antenne de télévision plus cela devient bobo en somme. Je navigue à vue. Je sens mes jambes comme des unités autonomes qui s’alourdissent. Ce soir je ferai du yin yoga c’est certain pour faire circuler tout ça. Puis passer par ces immenses salles de jeux, lieu d’une cacophonie infernale, exutoire fascinant de la société japonaise.

Entrée salle de jeux

Entree de la salle de jeux. À cause de la lumière je n’ai pas pu prendre grand chose d’autres que ce genre de machines.

Chats mechants

Evil Cats

Damn Hello Kitty again

Non Evil Cats

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Alors eux je parie que faut pas les faire chier

Jeu Intriguant

Ce jeu là ça avait l’air super. Il faut taper sur les tambours en rythme avec des petits monstres tout en jouant à un jeu de plateforme type mario bros

Moomins

Les Moomins, icône finlandaise, un des trucs non japonais qui cartonne ici

Il y a un temps pour tout. À présent, direction la Finlande. Le pays de mon cher kantélé. Le Japon a été une expérience intéressante, solitaire et en même temps pas vraiment. Même sans le langage on est jamais seul si l’on sait regarder autour de soi et apprécier les micros mouvements de chaque chose. J’ai aimé le soir quand je rentrais de Fukuoka voir cette diffraction de la lumière du train grandir sur la petite maison à proximité avec ses bonzaïs géants. Il y a de la place pour la beauté partout. Il s’agit de ne pas oublier et d’être réceptif. Sortir de sa tête, de ses petits problèmes, third world problem comme me disait l’autre jour Aino. Third world problem.

 


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