Lundi 23 février – bricoles

Après avoir voyagé à Beppu, le temps s’est comme qui dirait tassé. Un premier jour à essayer de se remettre au travail en vue du concert de samedi à l’occasion de l’exposition du fruit des 2 mois de travail d’Hannah, une des artistes ici. Essayer de filmer, de me filmer, de prendre des images vidéos des différents objets présents sur scène, leur donner une forme, une dimension, les rendre plus tangibles, plus parlants. Mais quelque chose manque et avec l’appareil que j’ai c’est très fastidieux de prendre différents plans à différentes échelles. Et le froid qui revient n’arrange rien. En un mot comme en cent, je suis improductif, me sens improductif.

Mon espace de travail

Mon espace de travail

Journée morne. Je pars prendre un bain de foule en ville pour une fois de plus vérifier mon aversion pour les gens qui passent leurs journées à faire du shopping. Je me retrouve dans une boutique de jeux vidéos vintages. Cela me rappelle fatalement un pan de mon enfance rivé que j’étais à l’ordinateur et aux jeux de rôles avant de m’intéresser aux femmes.

Chrono Trigger un jeu qui m'avait particulièrement plu où l'on résolvait des problèmes en remontant le temps

Chrono Trigger un jeu qui m’avait particulièrement plu où l’on résolvait des problèmes en remontant le temps

Nishi-Jin

Nishi-Jin

Enfin ici c’est très marqué car on ne voit quasiment jamais d’hommes avec leurs enfants. Que des femmes en train de faire du shopping avec ou sans enfants. Toujours cette claire séparation homme / femme. Les enfants ici sont tellement mignons. Ils sortent tout droit d’un dessin animé. Ils ont pour la plupart une allure comique et ils sont vraiment beaux avec des traits très harmonieux et expressifs. Mais moi à force d’observer le monde qui tourne sans moi, moi je tourne un peu en rond comme un chien en cage sauf que le sol est jonché de câbles. Tellement de câble c’est l’enfer. Bref rien de notable ceux pourquoi je ne suis pas exprimé plus tôt.

Le temps qui passe invariablement

Le temps qui passe invariablement

Rebelote le lendemain mais cette fois-ci plus dans l’option de préparer le concert de samedi. Hannah présente ses dessins. Elle a un univers assez sombre et son œuvre traite du « terraform », comment les humains arrangent et cultivent la terre pour répondre à leurs besoins. Et moi je joue mon set en espérant intégrer des choses travaillées ici mais c’est trop tôt. Je continue à galérer avec le positionnement et l’emplacement de mes pédales pour activer les effets que je veux aux moments opportuns. Je n’ai pas de solution. Il pleut. Il fait froid mais le petit public rural d’Itoshima répond toutefois présent. Le concert se passe bien mais l’ambiance est un peu étrange entre les enfants qui babillent, les grand mères qui tremblent, le tout dans cette cabane où l’on a installé une sorte de poêle et ou des boulettes de la région d’Osaka se préparent dans une espèce de moule à œufs. J’ai un petit peu du mal à me détendre et les japonais ne sont pas toujours très expressifs. Du coup je me sens un peu à côté mais délivre ce que je peux… Quelques sympathiques expatriés, australiens et anglais se joindront un peu plus tard. Je me rends quelques heures plus tard du côté de Nishi-jin pour jouer dans un endroit minuscule, très cosy du nom de Roosta (oui j’aime bien les doubles dates. Cela me rappelle les tournées General Bye Bye où l’on faisait un concert à San Antonio avant de se grouiller pour aller à un autre concert à Austin. Des journées marrantes) tenu par un japonais qui a voyagé au Canada et parle donc, ô sésame, l’anglais. Autant dire tout de suite que cela facilite les choses à moins que cela soit le Shotjun, l’alcool de pomme de terre qu’il me sert. 25% d’alcool… Un verre et je suis bien. Le public est électrique. Un vieil homme japonais en train de fumer. Une fille rencontrée dans le train local qui m’a branché (et qui s’avère faire partie du groupe de yoga à qui j’enseigne le lendemain !), des amis d’Hazuki, la prof de yoga, une vieille femme qui revient de Corée et m’offre du kimchi et des poulpes, le tout avec une bande son en français. Bref moments surréalistes comme auxquels je semble être abonné. Au Japon on continue à fumer dans les bars, ce qui j’avoue, bien que je sois non fumeur, m’apparaît plaisant et rationnel. Les bars ont beaucoup perdu de leur “charme” avec toutes les lois anti-tabac (même si en vieillissant j’ai de plus en plus de mal avec cette odeur dans les rues parisiennes) et ce petit bar à l’effigie de John Lennon me plaît bien. Je suis relax avec un set up un peu plus minimal compte tenu du peu de place. Je fais le travail et ça répond bien. Je maîtrise tellement mieux ma voix maintenant que je peux créer de véritables moments suspendus. C’est agréable de maîtriser son sujet et je commence à bien connaître les morceaux. Il y en a tout de même que je joue depuis 2012. Le kantélé prend toute sa place et son charisme. C’est un luxe quelque part que de pouvoir faire découvrir et introduire un instrument dont personne n’a jamais entendu parler. C’est aussi une tâche ingrate et solitaire. Je repars avec l’équivalent de 100 euros et un léger petit coup dans le nez dans des rues illuminés de mille feux et qui grondent au son des salles de Pachinko, ces étranges sortes de casino mais qui diffèrent des casinos et dont je n’ai absolument pas compris les principes. Ici, j’aime rentrer tard dans le silence et sous le feu des étoiles qui brillent généreusement. Le contour des routes, les lignes blanches qui réfléchissent et semblent tellement plus sinueuses que de jour. Avec au loin, ce train de banlieue, sans doute le dernier, qui ramène des gens chez eux. Éreintés par la journée qui vient de passer alors que moi je marche au ralenti. Le Japon me semble tellement paisible. C’est difficile d’imaginer une quelconque forme de violence. On se sent tellement en sécurité. Une société tellement réglée. Etrange. Etrangère. Et tous ces personnages enfantins pour tout, tout le temps.

Le petit cheval qui t'invite à karaoker

Le petit cheval qui t’invite à karaoker

Clinique

Pas de plaques lugubres ici mais des chats et des souris pour indiquer la clinique de dentistes

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Un éléphant pour un magasin de son

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Pour le baseball les humains sont remplacés par des oiseaux et des souris

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Ca j’ai pas trouvé pour quoi c’était

Cet endroit, le Studio Kura, est lui aussi vraiment curieux. En pleine campagne, un endroit où les enfants et les adultes peuvent apprendre à dessiner, à monter des circuits électroniques, à jouer à Magic (avec Alessandro, un espagnol marié à une japonaise et qui travaille à mi temps) c’est juste irréel avec ses femmes qui portent tout le temps des masques et s’excusent de tout, tout le temps. Coucher tard. Levé relativement tôt. L’événement du jour, contrairement à ma suractivité parisienne ici cela se résume plutôt en un événement par jour… Bref l’événement du jour c’est le cours de yoga que je donne en ville à Fukuoka à un groupe d’expatrié ainsi qu’à quelques japonaises. Avant de partir je m’étais rencardé avec un groupe sur meetup qui avait l’air d’être actif ici pour leur proposer d’enseigner le Yin Yoga, qui reste pour le moment un courant pour ainsi dire quelque peu minoritaire même s’il grandit rapidement. Je cherche des informations que le Canada et l’Art vidéo, la photographie (même si je sais que j’ai plutôt intérêt à me tourner vers Kris pour obtenir des réponses), je glandouille (et n’aime pas trop ça) avant que la femme de Hijo, le principal fondateur du Studio Kura ne m’amène à la gare avec mon gros bébé de kantélé, mes bols tibétains et mon précieux livre de Yin Yoga. La gare d’Ikisan est assez iconique. Elle me rappelle celles que l’on voit dans de vieux films de Kurosawa. Cet endroit a un côté tellement désuet avec en fond cette petite maison au loin qui n’a d’intérêt que par la droiture et la fierté des ses bonzaïs si bien taillés (les bonzaïs sont très impressionnants et le jardinage c’est pas de la blague) toujours cette sorte d’attente, ce sentiment d’être nulle part. C’est alors que je peux pleinement appliquer le fait de porter mon attention à ma respiration et d’apprécier le fait que je sois seulement, simplement, uniquement, terriblement vivant. Ces jours-ci je pense beaucoup au fait que tout co-existe tout le temps partout. Au moment où un film se tourne quelque part à Hollywood avec disons au hasard Jude Law, un enfant en Indonésie fait la vaisselle puis une femme accouche quelque part en Norvège et moi avec ma harpe finlandaise je vais donner un cours de yin yoga à des japonais. Cela me dépasse et me fait me sentir « overwhelmed ».

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Les horloges

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auto-portrait

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Un énième temple perdu entre deux immeubles

Ce sentiment de coexistence de tant de choses qui ne semblent pas faire corps, ne pas faire un tout me submerge. Comment est-ce possible qu’au même moment où un mec se torche dans un pub irlandais, un scientifique travaille dans un labo au Nebraska sur un truc de microbes des chevaux. C’est la magie de la vie. Je suppose. Notre finitude. Notre absurdité. Qu’est ce qu’on cherche ? Et pourquoi moi je me suis senti mal de ne rien m’entendre dire des deux autres artistes ? Pourquoi est ce que je chercherais l’aval des autres ? Pourquoi attendre tant de l’extérieur ? Qu’est ce qui se joue ? La reconnaissance de quoi ? Cela me fatigue. Alors so ? Let go. Comme mon morceau. Je prends du plaisir à le jouer celui là même si cela fait référence à Miriam. Anyway revenons à nos moutons. Je suis dans un train pour aller donner un cours de Yin Yoga. J’arrive dans un grand gymnase loué pour l’occasion. J’ai un bon groupe de 27 personnes de tout horizon et qui n’a jamais pratiqué le Yin Yoga. J’aime tellement enseigné le Yin Yoga. Je suis « in the zone » quand je donne un cours. J’ai tellement pratiqué et les valeurs, l’enseignement, les informations scientifiques sont tellement fascinantes que je ne peux que prendre plaisir à transmettre et mettre en avant mes talents d’orateurs (quand je sors de ma gêne de faux introverti) le cours se passe très bien et tout le monde a l’air d’apprécié. Être un professeur de yoga généralement c’est dur et plutôt mal payé. Mais parfois cela se révèle très gratifiant surtout quand comme ce soir une élève vient me dire “Merci, ce soir je me suis accepté et j’ai accepté mon corps tel qu’il est” C’est un des plus beaux cadeaux que l’on puisse me faire. J’aime profondément le sens de ce que l’on enseigne en Yin Yoga. Le lâcher prise, l’éloge de la sensation et d’un voyage intérieur le tout en musique (je me sens très DJ de gymnase) c’est une pratique rare et tellement bénéfique. Cela n’a pas de prix. Mais il faudrait que cela en est un pour que je puisse gagner ma vie. Il n’est pas impossible que je fasse parti d’un teacher training en Inde à la fin de l’année. Peut être que cela va m’ouvrir des portes qui sait ? Sans parler du fait que je ne désespère pas non plus essayer de faire partie d’un projet qui s’appelle Yoga University et qui va aller faire des trucs au Mexique et au Costa Rica. Au point où j’en suis pourquoi pas ? Même si en ce moment je suis l’actualité du PVT Canadien. J’ai une intuition que cela pourrait être bien pour moi une expérience au Canada. Tellement de choses en tête… Tout le temps. J’aurai dû exploser depuis bien longtemps. Je me soucie de comment sortir mon futur disque… Je suis mitigé. Une partie de moi veut faire les démarches de trouver un partenaire, un label, une autre partie me dit de le sortir en autoprod. Mais pourquoi faire et à quoi bon ? Je l’ai déjà fait non ? Et j’ai sans doute envie de faire autrement. Je ne sais plus comment faire, comment réfléchir la chose. Faire des disques c’est tellement un non-événement. Pourtant je pense offrir ce que j’ai fait de plus abouti à ce jour. Mais comment, dans quel timing, qui contacter et comment être écouté ? Reçu ? Considéré ? Pris au sérieux ? Il faut commencer par soi même se prendre au sérieux. J’y viens. Mais tant d’incertitude. Joindre le yoga à la musique me semble une bonne piste mais bon… On n’en est pas encore là. Je ferai mieux d’aller me coucher en écoutant le Balanescu Quartet jouant le String Quartet de Michael Nymann.

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Phase 1 de l’endormissement

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Phase 2 de l’endormissement

Etudiant qui s'endort

Phase 3 de l’endormissement sans tomber et sans les mains !

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L’équipement de l’étudiant

 


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