Mercredi 18 Février – Beppu’s adventure

Levé au petit matin après m’être couché trop tard. Ca n’augure rien de bon. Rien de pire que de manquer de sommeil. Le monde a un filtre. Négatif. Manquer de sommeil c’est manquer d’énergie et manquer d’énergie c’est se sentir mal. C’est inviter le mal être à se faire une place en soi. En Inde ma formation en yoga a beaucoup insisté sur le fait que l’ensemble des problèmes physiques et psychologiques de l’être humain provient d’un manque d’énergie. J’en suis là. Je manque d’énergie. Qu’importe. Vélo direction la gare pour se rendre à Meinohama une des portes d’entrée de Fukuoka afin de récupérer la voiture de location. Petit train local avec son lot de gens se rendant au travail. C’est comme dans les films !

Geekette

Une geekette parmi tant d’autres. Quand ils ne s’endorment pas les uns les autres ils sont tous rivés à leur téléphone

Pour rappel la complexité d’ici c’est qu’il n’y a pas à proprement parler de noms de rues et quand bien même il y en a tout est écrit en kanji ou hiragana. Pas simple. On met une heure à trouver… Et pour bien commencer la journée, on m’annonce à l’agence de location que mon permis international (fait pour l’Australie en Avril) n’est pas valide. On me répond gentiment qu’il faut un permis qui soit en accord avec la convention de Genève de 1948. Je n’ai pas la moindre idée de ce que c’est. Naïvement, je pensais qu’il n’y avait qu’un seul type de permis international (permis pour lequel j’ai fait la queue à la préfecture de Bobigny un matin du mois d’avril pour ceux qui connaissent le charme de cette procédure) Je pense protester pendant un quart de seconde puis me rappelle que je suis au Japon alors j’obtempère et me rend à la Japanese Automobile Federation pour faire traduire mon permis de conduire. Ca prend 30 minutes et coûte autant d’euros.

Translation

Au bureau de la Japanese Automobile Federation

Comme tout ici on me tend la précieuse traduction à deux mains en faisant une courbette. Ce n’est qu’un contretemps. Il faut apprendre à vivre avec les contretemps. C’est idiot cette expression contretemps. Il n’y a pas de contretemps. Il n’y a que du temps que l’on arrange, range. Étrange. On s’étrangle avec parfois. Il n’y a pas de chose contre le temps. Tiens cela me rappelle ce proverbe islandais que Claire m’a appris ici : « Il n’y a pas de mauvais temps. Il n’y qu’une tenue inappropriée.

Fleur qui pète la gueule

Les couleurs ici elles pètent la gueule

Au Japon on conduit à gauche. Ce n’est pas un souci, j’ai récemment conduit à gauche en Australie. Les voitures ici. Comment dire… C’est comme l’impression de conduire une machine à laver ça vous dit quelque chose ? Non ? (peut-être que si si vous avez loué une Kia comme je l’ai fait il y a quelques années pour me rendre dans le sud. J’ai un souvenir inoubliable d’une « ballade » au Puy en Velay. Impossible de dépasser les 50km dans une côte) Et bien c’est à peu près ça mais même sur l’autoroute. Arrivée à bon port après quelques péages et une route relativement ennuyeuse pour traverser la partie nord de Kyushu.

Panorama beppu

Petit panorama de Beppu

Beppu est une ville portuaire très populaire pour sa culture des Onsen, sources thermales naturelles d’eaux provenant des sols où les fumées et le sulfate font émerger de curieuses fumées dans la partie haute de la ville. C’est très beau et scénique. je m’y rends pour prendre cette vue en vidéo pour approvisionner en image mes futurs clips du disque à venir. Règne une odeur pestilentielle à Beppu. Le sulfate. Une odeur d’œufs pourries assez prenante ne m’empêche de trouver la ville belle, remplie de tension entre le côté touristique et l’aspect industriel du port et de ses ruelles où s’entremêlent des câbles électriques.

Tuyau

Ca fume

Oeuf

Les japonais et les oeufs c’est une grande histoire d’amour

Fume 1

Ce que dégage l’eau ici

Serre

La Serre

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Dans un des Jigoku

La construction de Beppu est chaotique. Petites ruelles qui se cachent et se multiplient. La partie basse de la ville est très grungy et plus on monte plus on est dans le tourisme. Comme toujours dans ce genre de lieux se pose la question de comment exploiter le potentiel économique et touristique du lieu tout en le préservant. Ce n’est pas simple de ne pas transformer cet endroit en un lieu de débauche touristique. Tout risque. Tic. Qui vous en dégoûte. Beppu n’échappe pas à la règle et les cars de touristes alors que l’on arrive dans la brume ruinent un petit peu l’envie de faire un petit tour dans les différents Onsen. Après avoir mangé une énième fois un udon ou ramen c’est selon (la grande spécialité de la région mais j’en peux plus) on trouve une solution de repli. On nous a évoqué un onsen sauvage perdu dans les montagnes. On reprend notre bébé auto et on cherche. Et on cherche.

Claire Hannah brouillard

Claire et Hannah à la recherche du Onsen perdu

Cherche

Again

Spooky

C’est plutôt lugubre par ici

Et on cherche pour se retrouver dans un endroit surréaliste, brumeux, lugubre où il y a récemment eu ni plus ni moins qu’un crime. Sympa pour se promener.

Attention

Le crime !

On fait heureusement la rencontre d’un japonais jovial qui nous aide à trouver le dit Onsen. À poil et ô joie de la nature, de la chaleur de l’eau, du repos. Vue imprenable. Ca valait le coup d’insister.

p onsen

Il fait super chaud dans cette eau !

jap dans le onsen

Un japonais au style japonais

Dos Claire

Claire watching the world

On repart pour manger en ville avant de repartir pour une Lodge en montagne à 70km de là. C’était sans compter le brouillard qui fait que la route que l’on doit prendre est fermée. Où aller ? Comment faire et comment communiquer avec notre hôte ? Il y a un endroit que l’on côtoie souvent et qui sauve la vie ici. Les 7 Eleven. Une des rares enseignes occidentales où satisfaire le besoin en wifi, en pain, en café et autres cochonneries qui nous relient avec le monde de l’Ouest. Car ici je ne le répéterai pas assez ils n’ont pas besoin de l’Ouest. Pas besoin de l’anglais, pas besoin du reste du monde. Ces deux premières semaines ne cessent de mettre en avant le caractère fermé et autonome du Japon. C’est une île. Ils ont les ressources. Le japonais n’est parlé nulle part ailleurs en tant que langue officielle. Donc c’est un monde bulle avec ses particularités et bizarreries que j’aurai sans doute l’occasion d’aborder dans un futur billet. Ils aiment les animaux ça c’est pas nouveau…

vitrine chien

Des soins ayurvédiques pour chien

Chat pleurs

Flyer de chats à adopter

cuteness

Un peu de pure cuteness

 En attendant c’est bien pratique parce que le GPS en japonais c’est pas facile et à 7 Eleven on peut se connecter à Google maps. Le Graal. La route devenant compliquée on se retrouve dans l’obligation d’aller à l’auberge de jeunesse de la ville. Attention rien à voir avec l’inconfort, le bruit et l’hygiène des auberges de jeunesses à l’européenne. Ici c’est calme, propre et on passe une nuit tout à fait correcte. Le lendemain on se rend au Beppu Project après avoir été dans un café qui était en fait un café karaoké. Ca chante dès 9h du matin. Des vieux super excités qu’on soit là pour les écouter. Scène totalement surréaliste. Bref… Le Beppu Project est une résidence artistique assez connue au Japon. Il se trouve que l’on est reçu par Marianne, une française qui dirige un certain nombre d’opération au sein du projet. Elle nous donne tous les détails nécessaires de l’action du projet Beppu et nous fait un petit tour de la ville nous montrant les projets artistiques ayant été réalisé récemment dans la ville. Marianne est investie et nous sommes admiratifs. Elle est passionnée par son travail et par l’action qu’elle mène ici. Le programme est très intéressant et se décline en 5 volets distincts. Très organisé. Financé par la région, sponsors privés, participation des locaux. Cela donne envie.

Line art contemporain

Art contemporain dans la rue

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Human fish on wall

 

Banc rose

Un backyard japonais branque comme souvent

 Il est malheureusement le temps de partir essayer de trouver ce foutu point de vue qui permet de voir le maximum de fumeroles. Comme toujours on galère parce qu’en terme de direction c’est compliqué. Tout prend du temps pour un occidental ici. On finit par trouver. Je maudis mon pied de caméra qui n’est pas à la hauteur de mes objectifs. Mais je fais ce que je peux. On décide de repartir pour éviter la nuit. Elle tombe relativement tôt ici. On tente d’apprivoiser notre GPS. On s’en sort comme on peu. La fatigue se fait sentir. Je n’ai pas réellement avancé pour le moment ici. J’ai trouvé une manière de travailler en stéréo avec mes effets mais n’ai pas de solutions pour gérer mes envois de loops et développer une forme plus théâtrale de mon concert.

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En attendant je commence toutefois à me faire à mon appareil photo, à l’image et aux vidéos que l’on peut faire. Je réfléchis au concept d’antifragile abordé à Vancouver lors de la formation en Yin Yoga qui donne le titre au disque. C’est une idée, un concept qui est déclinable et qui m’interpelle. À Vancouver, Bernie Clark en a parlé dans le cadre des blessures. Lorsque l’on se blesse, une fois guéri, on a tendance à ne pas oser se servir « comme avant » de la partie qui a été blessée. On crée par cette attitude défensive et par le fait que l’on ne sollicite plus « assez » cette zone de la fragilité. On a été évidemment plus loin mais cela peut être un peu difficile à aborder ici dans ce blog mais si je devais résumer cela revient à dire que trop de confort crée de la fragilité. Quand on isole une partie du corps, de son esprit, de sa vie, on crée une fragilité, un déséquilibre. Tout fonctionne ensemble et vouloir toujours reproduire l’erreur de la médecine classique qui consiste à considérer le corps comme une horloge que l’on démonte et où l’on se concentre que sur une partie du mécanisme est complètement faussé. Tout est connecté. Mon genou est connecté à bien d’autres parties du corps et si j’ai mal au genou, ne soigner, ne prendre en considération que l’aspect mécanique du genou est une grossière erreur. Dans un autre registre, nous sommes nous aussi tous connectés. Toujours se considérer en dehors du groupe, en dehors de l’ensemble, cultiver toujours ce qui nous distingue n’est pas forcément le meilleur chemin. C’est un chemin. Qui peut isoler. Qui peut faire souffrir. Ensemble. En danse. Se porter. Les uns les autres. Ne pas défendre des intérêts propres. Commun. Communauté. Ne rime pas forcément avec hippie. Recycler. Gérer. C’est impressionnant le nombre de déchets produits au japon. Tout est emballé. Le plastique. Tous les fruits et légumes sont packagés au maximum. Tout est recouvert de plastique. Tout est couvert. Caché. Filtré. Vase clos. Ne pas fermer les yeux. Continuer à se faire entendre. Sans force. Se représenter. Présenter. Introduire. Des notions. Petit à petit. Au fur et à mesure. Accepter que certaines choses prennent du temps et des prises de conscience. Je ne sais toujours pas exactement ce que je fais ici et ce que je veux. Mais il faut que j’apprenne à être patient. Un patient. Ne pas forcer. Ni le corps. Ni l’esprit. Je suis tellement content d’avoir le Yin Yoga comme outils. Et mes playlists qui vont avec. Écouter et pratiquer avec Movietone ou Arve Henriksen c’est un chemin vers quelque chose d’éternel et d’atemporel. Je sens que je vieillis. Je pense à ce qui passe dans mes cellules. Dans mon corps. Et il ne sert à rien de lutter. Accueillir ce changement. L’impermanence de ma forme. Au sens propre comme au figuré.


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