Mardi 10 février 2015 – Itoshima où l’humilité

 

web - Route pres de la maison

Juste en face de la maison

Cela fait 10 jours que je suis au Japon. Être au Japon c’est être perdu au Japon. Sauf si on parle japonais. Non personne ne parle anglais. Personne. Le pays n’a semble-t-il pas besoin du reste du monde et ne s’est ouvert que récemment au final. Et puis c’est une île après tout. Les japonais n’utilisent jamais l’écriture romaine. Kanji et Hiragana un point c’est tout et ce n’est pas avec mes trois quatre phrases tout au plus que je peux aller bien loin. Être ici c’est apprendre à être humble, à avoir l’autonomie d’un enfant de 3 ans et expérimenter que la moindre chose peut s’avérer compliqué en l’absence de la convention que l’on appelle communément le language. S’orienter n’est pas plus simple. Faire ses courses relève d’une tâche complexe voire se transforme en un jeu de devinette tant tout y est différent. Je n’ai pas la moindre idée de ce qu’est 50% des produits présents dans le dit supermarché. Je n’ai pas pu expérimenter tant que cela puisque j’ai été cloué par ce que je pense être une bonne gripe toute une partie de cette première semaine. À nouveau, apprendre à être humble et respecter ses limites. Il fait froid ici pas tant parce qu’il ferait froid mais parce que les maisons traditionnelles sont très vétustes et qu’elles ne se chauffent pas facilement.

web - Plage mi sombre

La plage à 300 mètres

Cycle rural

Un truc qui m’obsède sur la route pour prendre le train

web - Itoshima une vue de la route 2

Les montagnes au loin

Itoshima se situe à 20km de Fukuoka. Itoshima c’est la campagne, un milieu rural et le calme (somme toute relatif dans la mesure où la vieille maison traditionnelle où je réside se situe juste devant une route où il y a pas mal de passage) la plage n’est pas loin, les montagnes non plus.

Daikon

Daikon. Une délicieuse légumineuse d’ici.

web - La maison

La maison où je reste mais je vais en bouger. Il y fait trop froid.

web - Game Station

La station de jeux à Fukuoka

web - Robots

Festival des monstres

web - Ohri Park

Ohri Park

web - Panda casque

Fukuoka en revanche c’est la démesure. Et celle toute particulière du Dieu shopping. Nos Galeries Lafayette à côté de ce qu’ils ont ici c’est comme aller chez Kiabi et les parisiens sont juste des montagnards du Jura qui ne seraient pas sortis de chez eux depuis 1986. Autre détail qui tue, une grande partie des gens portent des masques. Tout le temps. On se croirait dans un film de SF où une catastrophe aurait juste eu lieue (au vu des faits pas si éloignés dans le temps oui une catastrophe a bien eu lieu ici)

web - Jardin Jap 4

Le jardin japonais d’Ohri Park 1

web - Jardin Jap 2

Le jardin japonais d’Ohri Park 2

web - Jardin Jap 1

Le jardin japonais d’Ohri Park 3

La masculinité de la société est-elle aussi assez évidente. L’ancien côtoie l’ultra moderne. (j’ai eu la joie de me baigner tout nu avec plein de japonais dans un Onsen traditionnel puis de commander mon repas dans un distributeur électronique…) Le désuet et le hight tech. Les jardins japonais et les salles de jeux. Ah aussi tout fait un son au Japon. Les toilettes vous parlent, dans les magasins d’électroniques (de toute façon en gros faut éviter les magasins) c’est un capharnaüm sans nom quant aux hauts parleurs ils diffusent des berceuses pour indiquer 7h, 12h et 17h. Une mécanique bien rôdée. Les transports sont toujours à l’heure et j’ai constamment des images de films japonais qui défilent dans ma tête.  Honnêtement, je me demande un petit peu ce que je fais ici, ce que je suis venu chercher. Peut-être abandonner ma zone de comfort (si tant est que j’en ai une puisque je voyage littéralement tous les 3/4 mois et que le confort n’est pas exactement ce qui me caractérise) et découvrir de nouvelles limites comme quand on tient la pose en Yin Yoga ou me trouver de nouvelles aspirations.

web - Ponton 3

Ponton le long de la plage

Le décalage entre la ville et la campagne est saisissant comme partout vous me direz. Le rythme aussi. Ici pour moi c’est accepter un nouveau rythme. J’ai beaucoup moins à faire. J’ai même assez peu de choses à faire. Respirer, boire, manger, dormir, jouer du kantélé, prendre des photos, des vidéos. Apprendre à faire ça consciencieusement. Sans nécessairement avoir d’autres aspirations que prendre mon appareil en main. D’apprendre des choses de bases que je pourrai apprendre n’importe où ailleurs au monde. J’ai choisi de venir ici. Sur la base du fait que le Japon est un des rares pays où le kantélé est joué. Au nord à Hokkaido. Terre qui m’a fait rêver dans certains films. Il est peu probable que j’aille à Hokkaido mais qui sait. Cela me rappelle des images d’un film chinois de Hou Hsia Hsien dont je ne me rappelle plus le titre. Vierge. Être ici c’est être vierge. Beaucoup de pensées me traversent l’esprit. Beaucoup de choses du passé.  Des moments, des gens, perdus ou retrouvés ou laissés au passé parce que c’est leur place. Accepter qu’il faut laisser au passé ce qui appartient au passé.

web - Petit temple

Petit edifice en face de la maison

web - Masque metro

Metro style

C’est la première fois que je fais une résidence artistique et c’est quasi un exercice de style. En effet, dans un environnement nouveau où l’on a aucunes contraintes du quotidien, aucunes distractions extérieures, on a tout son temps pour se consacrer à ce à quoi on souhaite se consacrer… Dans mon cas, le kantélé sauf que je m’en lasse rapidement. Je viens de finir un disque et j’ai beau avoir des velléités de composer des morceaux instrumentaux ou autres choses mon esprit n’y est pas vraiment (j’ai toutefois enregistré des bricoles et des idées mais je ne me vois pas aller plus loin pour le moment.) Il y a la volonté de rassembler tout un tas d’images pour composer des clips pour les titres de mon disque à venir mais je ne sais pas trop comment m’y prendre comme mon manque de connaissance en image et la technique constitue un frein. En somme je suis confronté à mes limites. C’est toujours intéressant même si tout naturellement ce n’est pas exactement ce que j’avais prévu.

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Une girouette dans le métro…

À Itoshima et au Studio Kura il y a trois autres artistes, Naomi, une femme de Singapoure de 23 ans qui est une digitale artiste qui fait des dessins de manga assez beaux, Hanna, une peintre australienne dont je n’ai pas vraiment encore vue le travail, elle aussi âgée de 23 ans et Claire, elle aussi australienne, qui travaille sur le thé et la peinture. Elle est sympathique et c’est avec elle que je partage la maison.

Ah si un événement quelque peu surréaliste. J’ai donné ce dimanche un cours de Yin Yoga à un groupe de femmes japonaises. Heureusement, il y en avait une pour traduire mes indications au reste du groupe. C’était folklorique. Le tout dans une maison traditionnelle sur des tatamis et moi qui déblatèrait mes concepts et diffusait des titres du label Rune Grammofon, jouant du kalimba et des bols tibétains.

Ce week end direction Beppu, la capitale thermale de Kyushuu (à moins que cela soit la capitale thermale du Japon tout court) pour essayer de filmer toutes ces vapeurs qui s’échappent de la terre. Je loue une voiture et m’y rend avec Claire et Hanna. Advienne que pourra. Vous me manquez les amis. À+. Philippe

web - Valentine's day

La Saint Valentin c’est pris très au sérieux ici

web - Poisson

Les poissons…aussi

web - Language

Seul truc lu en roman

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Petite passerelle à Orhi Park


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