31 Janvier – Dans un avion pour Shangaï

Je suis parti ce matin comme si c’était le premier jour de ma vie. Le premier jour de ma nouvelle vie. Sous prétexte que je prends un avion pour quelque part sans but absolument précis et pour une durée que certains jugeront longues. Je me revois regarder ces photos de rues de villes américaines avec des étudiants noirs qui défilent. Flous. Floutés les photos. Une autre époque. Tout cohabite. Tout coexiste en permanence. Le futur, le passé, le présent. Se laisser filer. Se laisse défiler. Remplir. Sortir. Le premier jour d’une nouvelle vie. Je vais au Japon. Je n’en sais pas vraiment plus. Plus on part loin de chez « soi » plus on se rapproche de soi. Les autres. Leur différence, leur ressemblance. Cela revient du pareil au même. Et le malaise d’être différent/ d’être présent. Présent. Vivre dans le présent. Présent. Je suis présent. Je réponds présent. Présentement. Je réponds présent. Et de l’humilité pour apprendre de nouvelles choses, de nouveaux savoirs. Le premier jour de ma vie peut être parce que j’ai touché aujourd’hui une nouvelle fois le point d’exhaustion. Et peut être le 1er jour de ma vie parce qu’il n’y a que des jours. Pas d’entité. Pourquoi me rappeler de cette ballade au Texas dans cette petit ville de Hunt à Halloween ? On était chez des gens très riches. Pourquoi est ce que cela m’a fasciné ? Pourquoi est-ce que la richesse serait-elle plus fascinante ? Ce n’est qu’une position sur un échiquier. L’argent n’a pas de valeur en soi. Cela a déjà été dit et redit. C’est le premier jour de ma vie parce que dans un avion, on est toujours anonyme. Des noms associés à des places associés à des chiffres. Cela dure une journée. Puis ces places sont réattribuées à quelqu’un d’autre. Un autre jour. Et ce qui me pose question ? Présentement ? Savoir quel genre de lit est ce que j’aurai, quel genre de vue est ce que j’aurai au réveil. La question du sommeil, du clignement des paupières. Et il faudrait que j’y associe du son et de l’image. Je me suis équipé. Dit-on. Je suis et ai toujours été équipé. Les meilleures images, les meilleurs hommages sont dans ma tête et dans mes veines. Je n’arrive pas à me faire tatouer parce que peut être ce serait un jour à se souvenir qui aurait une place particulière. Un nouveau rapport temporel. Et je pense à tous ces gens si souvent. Une pensée pour Dana. Cette joie et vivacité. Une pensée pour Jean. La fumette c’est dépassé. Ce goût pour le soir alors que le matin me convie si gentiment à le rejoindre. Et laisser mes jambes ne faire qu’un avec Straddle. Le problème des journées cela aura toujours été de ne faire que 24 heures et que cela continue indéfiniment. Citer les autres. Ressasser sans cesser. Redire. Rabâcher ce qu’on dit les aînés. Réagir. Hier une très bonne amie a accouché. Je me suis dit sur le chemin en allant la voir. Aujourd’hui est le premier jour de ma vie. Celle de son enfant aussi. Bienvenue au monde.


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